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Du blogueur au youtubeur

Des articles de blog aux vidéos YouTube, évolution de la vulgarisation scientifique.

Vulgariser au bon niveau

Une formation à la vulgarisation scientifique.

Lauréate Paris-Saclay MT180

Pauline Maisonnasse a gagné sa place pour le concours national « Ma Thèse en 180 secondes ».

Humour et science

Jouez avec les codes pour mieux vous faire comprendre...

Vulgariser la science sur YouTube

© Pauline Maisonnasse, Un Peu Pointu / © Timothée Labouret, We Are Science

Les youtubeurs se sont imposés comme des acteurs qui comptent dans le domaine de la vulgarisation scientifique. Ils sont désormais des dizaines à animer la Toile avec des vidéos traitant de science. Quelles sont leurs motivations pour créer ces vidéos ? Quels conseils donneraient-ils à des scientifiques souhaitant marcher sur leurs traces ? Interview.

C’est toujours un plaisir pour nos formateurs de voir évoluer des chercheurs qu’ils ont accompagnés. Nous avons la chance de compter dans notre vivier deux jeunes docteurs de l’Université Paris-Saclay ayant pris part au concours national Ma Thèse en 180 secondes en 2016. Depuis, ils ont créé leur propre chaîne YouTube : Pauline Maisonnasse, fondatrice de la chaîne « Un peu pointu », et Timothée Labouret, créateur de la chaîne « We are science ». C’est donc tout naturellement que nous leur avons posé des questions sur l’envers du décor des vidéastes vulgarisateurs.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer votre chaîne ?

Pauline Maisonnasse : J’ai mis du temps à savoir comment simplifier mon sujet de thèse pour être claire sur mes recherches auprès de mes amis et de ma famille. J’avais notamment deux amis vidéastes qui me questionnaient jusqu’à ce qu’ils aient tout compris. Et ce sont eux qui ont commencé à me dire que ce serait sympa d’en faire des vidéos pour faire comprendre l’immunologie à des non-scientifiques.

Timothée Labouret : Il y a deux ans, je me suis aperçu que YouTube n’était pas qu’une plateforme pour vidéos ludiques ou humoristiques et qu’il y avait des chaines techniques et culturelles très sérieuses. J’ai créé d’abord la série « Dessine ta thèse ». C’était il y a environ un an, avant la fin de mon doctorat. Et comme j’avais envie que plus de gens soient au courant de ce qui se fait en science, en vraie science (car il y a beaucoup d’idées reçues et de rumeurs), j’ai créé ensuite « la Chronique scientifique ».

Comment vous y êtes-vous pris ?

PM : Le vrai déclic a été le concours MT180. Tout est parti de là. Et mes amis vidéastes étaient très enthousiastes sur ce projet. Mais la première vidéo a été longue à sortir : je n’étais jamais satisfaite, je voulais toujours l’améliorer. Mes amis m’ont fait comprendre qu’il fallait se lancer ! Les premières vidéos ont été axées sur les sujets que je maîtrisais parfaitement, puis il y a eu plein de demandes sur des thèmes que je maîtrisais moins. J’ai une liste incroyablement longue de sujets à traiter !

TL : Je me suis lancé dans l’aventure pendant que je m’inscrivais à MT180. Il n’y a pas besoin de beaucoup de matériel, mais il faut aimer la vidéo. Il faut du goût pour la préparation, le tournage et le montage, sinon cela fait brouillon et ça ne passe pas. Il faut faire attention tout autant à la prestation qu’à la technique. Pour le style et le rythme, j’aime beaucoup ce que fait Minute Physics. D’ailleurs, je travaille avec une dessinatrice ! Et j’aime bien jouer avec les codes de la vidéo.

Vous sentez-vous à l’aise en communication ?

PM : J’adore ça. En plus, quand je suis stressée, je mets beaucoup d’humour dans ce que je dis. J’ai fait du théâtre, et j’aime particulièrement participer à des congrès.

TL : Je suis plus à l’aise avec un texte préparé qu’en pure impro. Ce n’est pas facile d’être naturel en parlant à une caméra pour lui demander comment elle va. Mais j’ai bénéficié de deux formations à la communication scientifique pendant ma thèse et j’ai fait un peu de scène en amateur (piano et chant).

Combien de temps consacrez-vous à votre chaîne ?

PM : Quand j’étais au chômage après ma thèse, le rythme était de deux vidéos par mois, et on a pris un peu d’avance dans les tournages. Maintenant que je travaille, on va essayer de garder le rythme d’une vidéo par mois. Mais l’investissement en temps est très important. Comme mes amis vidéastes sont à Nantes, j’y vais un week-end de temps en temps et on essaie d’en tourner plusieurs d’un coup…

TL : Ce serait une erreur de croire qu’un format court demande moins de travail : au contraire, il faut peser chaque mot, être synthétique. Cela prend beaucoup de temps. Je fais mes vidéos sur mon temps libre, mais si je ne travaillais pas, une vidéo correspondrait à une semaine de travail de 35 heures.  Certains y passent tout leur temps.                                          

Quel plaisir en retirez-vous ?

PM : D’abord, bien sûr, le retour des gens ! Et en live c’est encore mieux, puisqu’il y a des échanges directs. Ensuite, le plaisir de créer. Je découvre par ce biais des choses que je n’aurais jamais soupçonnées sinon. Enfin, puisque j’aborde au fil du temps des sujets que je maîtrise moins, je fais un gros travail de bibliographie. Comme, en plus, je dois me faire parfaitement comprendre, je progresse énormément. Si quelque chose est formulé de manière imprécise, des chercheurs m’alertent et je précise en ajoutant des bulles ou des commentaires à la vidéo.

TL : Déjà, la satisfaction de toucher le plus grand nombre possible, même si ma chaîne est encore petite (1 000 abonnés). Et c’est très gratifiant de recevoir des remerciements,  des commentaires positifs d’inconnus qui nous disent « Continuez ». Sans cela, on ne s’investirait pas autant. La tranche d’âge qui me regarde le plus, c’est celle des 25/30 ans. Mais il faut être conscient que dans l’immédiat, les « adultes » n’ont pas forcément le réflexe YouTube : ils restent encore sur la TV. Nous sommes pour eux les « Jamy » d’Internet. C’est sympa, mais la référence date un peu.

Quelles astuces donneriez-vous à ceux qui veulent « vlogger » ?

TL : Je leur conseillerais sûrement d’aller voir une chaîne qui a plus de bouteille que la mienne ! Sinon, je leur dirais de faire très attention au son. Et de créer des vidéos sur ce qu’ils ou elles aiment. Enfin et surtout, d’entrer en contact avec les autres youtubeurs. C’est une communauté qui s’entraide beaucoup : qu’il s’agisse de faire relire des sujets très pointus ou de demander à un plus gros youtubeur, s’il aime notre travail, de twitter dessus. Nous ne sommes pas en concurrence les uns avec les autres. Nous sommes mêmes unis contre les « fake news ».

PM : De fait, il y a une grande entraide dans la communauté des vidéastes vulgarisateurs. On peut envoyer un texte à faire relire (au Café des Sciences ou à Videosciences par exemple), et demander des critiques constructives sur la vidéo. Mon conseil pour les débutants : se lancer et accepter de faire quelque chose d’imparfait. Il faut essayer, faire un premier jet. Le plus dur, c’est de poster la vidéo, car on veut toujours l’améliorer.

TL : Une fois que la vidéo est postée, il faut communiquer dessus, sinon elle ne sera jamais vue. Mon premier cercle de diffusion a été Facebook. Et ce premier cercle a partagé la vidéo… A partir d’un certain nombre (peut-être 10 000 ou 50 000 vues ?), alors l’algorithme de YouTube prend le relais et on peut apparaître dans les recommandations.

 

Pour clore cet article en beauté, nous vous proposons de découvrir Pauline et Timothée en vidéo.

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